Le royaume du Buganda situe sa fondation à la fin du XIVᵉ siècle, sur les rives du lac Victoria, et présente Kintu comme le kabaka fondateur : venu de l'est, peut-être des environs du mont Elgon, accompagné de plusieurs clans, il défait le chef local Bemba Musota et s'impose à la tête des chefs de clan. Le Buganda naît de trois comtés d'origine : Busiro, Mawokota et Kyaddondo. L'expansion suit : au XVIIᵉ siècle, le kabaka Kateregga absorbe Singo, Gomba, Butambala et Kyaggwe ; au XVIIIᵉ siècle, le kabaka Jjunju conquiert le Buddu et le Kooki ; au XIXᵉ siècle, le kabaka Mawanda prend d'autres territoires, puis le kabaka Muteesa I, avec l'appui britannique, obtient le Buyaga et le Bugangaizi. Le royaume compte aujourd'hui 18 comtés (amasaza).
Afrique · Ouganda · Afrique de l'Est
not not phil (CC BY-SA 2.0)
Royaume du Buganda
Le plus grand des royaumes d'Ouganda : une monarchie culturelle de 36 kabakas, dont les tombeaux de Kasubi sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.
I Le récit
II Histoire
Conclu le 10 mars 1900 entre Sir Harry Johnston, commissaire spécial britannique, et les régents du royaume — au premier rang desquels le Katikiro Apolo Kagwa, avec Stanislaus Mugwanya — au nom du kabaka Daudi Chwa II alors âgé d'environ quatre ans, l'Accord formalise l'autorité du protectorat britannique sur le Buganda. Le kabaka est reconnu comme souverain du royaume aussi longtemps qu'il reste fidèle à la Couronne britannique, et le Lukiiko reçoit une reconnaissance statutaire. Son article 15 attribue en domaines privés, à un millier d'attributaires, les terres déjà occupées et cultivées — estimées à 8 000 à 9 000 milles carrés — transformées en titres aliénables « mailo » (du mot « mile ») ; les terres dites vacantes reviennent à la Couronne. Le royaume rappelle sobrement, sur son site, qu'« en 1900, le Buganda signa un accord formel avec le gouvernement colonial britannique, connu sous le nom d'Accord du Buganda de 1900 ».
La crise de 1966 oppose le Premier ministre Milton Obote au kabaka Muteesa II. Le 24 mai 1966, les forces gouvernementales donnent l'assaut au palais du kabaka au Lubiri, à Mengo, sur ordre d'Obote : c'est la bataille de Mengo. Le palais est détruit, les regalia royales et des bâtiments incendiés ; le kabaka Muteesa II fuit en exil, passe par Nairobi et Addis-Abeba puis obtient l'asile au Royaume-Uni, où il meurt en 1969 dans des circonstances demeurées obscures. En 1967, une nouvelle constitution républicaine abolit le monarchisme et le fédéralisme, supprime la structure fédérale de la constitution d'indépendance et crée une présidence exécutive. Le royaume restera aboli vingt-sept ans.
Arrivé au pouvoir en 1986 au terme d'une longue guérilla, Yoweri Museveni engage la restauration des institutions traditionnelles. Le Traditional Rulers (Restitution of Assets and Properties) Statute de 1993 restitue au souverain traditionnel les biens confisqués par l'État — le Bulange (ancien bâtiment du parlement), le Lubiri (palais royal de Mengo), le Butikkiro (résidence du Katikkiro), ainsi que les 350 milles carrés de terres officielles du kabaka. Le 31 juillet 1993, Ronald Muwenda Mutebi II est couronné 36ᵉ kabaka du Buganda à Naggalabi, Buddo, vingt-sept ans après l'abolition. La restauration est toutefois strictement encadrée : l'article 246 de la Constitution de 1995 dispose qu'un chef traditionnel ou culturel ne peut, tout en le demeurant, adhérer à la politique partisane ni y prendre part, et qu'il ne détient ni n'exerce aucun pouvoir administratif, législatif ou exécutif du gouvernement central ou local. Le kabaka est né le 13 avril 1955 à l'hôpital de Mulago, à Kampala ; il délègue l'autorité exécutive au Katikkiro (Premier ministre), Charles Peter Mayiga, du clan Mutima (Cœur), en fonction depuis mai 2013 après avoir succédé à John Baptist Walusimbi.
La restauration n'a pas éteint les frictions avec le pouvoir central. En septembre 2009, la police bloque une délégation du royaume qui se rendait dans le district de Kayunga pour préparer la visite du kabaka à l'occasion de la Journée nationale de la jeunesse, sur fond de contentieux avec le chef des Banyala de Kayunga. Les partisans du kabaka descendent dans la rue ; Human Rights Watch conclut que les forces gouvernementales ont « fréquemment fait un usage inutile et indiscriminé de la force létale ». La radio du royaume, CBS, est fermée par les autorités qui l'accusent d'incitation à la violence. En mars 2010, l'incendie de Kasubi ravive la crise : le 17 mars 2010, lors de la visite conjointe du kabaka Mutebi II et du président Museveni sur le site, des émeutes éclatent et les forces de sécurité tirent sur les manifestants.
III Monuments
Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 2001 (réf. 1022, critères i, iii, iv et vi), sur un bien de 26,8 hectares de colline. L'ancien palais des kabakas, bâti en 1882, est converti en cimetière royal en 1884. Quatre tombes royales reposent dans le Muzibu-Azaala-Mpanga, bâtiment principal circulaire surmonté d'un dôme, élevé en matériaux exclusivement organiques : poteaux de bois, chaume (spear grass), roseaux et torchis. L'UNESCO souligne que la valeur essentielle du site est immatérielle — croyance, spiritualité, continuité et identité : c'est le principal centre spirituel des Baganda et le lieu religieux le plus actif du royaume. Le site est géré par le royaume du Buganda ; il est protégé par l'Instrument statutaire nº 163 de 1972 et le Historical Monument Act (Act 22 de 1967), statut renforcé par la Constitution de 1995, le titre foncier étant enregistré au nom du kabaka pour le compte du royaume. L'ensemble comprend la maison-porche d'entrée (Bujjabukula), la maison des tambours royaux (Ndoga-Obukaba) et la grande cour (Olugya) ceinte d'une palissade de roseaux ; les limites du site sont marquées par des arbres à écorce à tissu (Ficus), conformes au tracé traditionnel de 1882.
Bâtiment funéraire majeur du Buganda, il abrite les tombes de quatre kabakas : Muteesa I (mort en 1884), Mwanga II, Daudi Chwa II et Sir Edward Muteesa II. Le 16 mars 2010, vers 20 h 30 heure locale, un incendie le détruit entièrement ; la cause n'a jamais été établie et l'hypothèse criminelle a été largement évoquée sans être démontrée. Le site est alors inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril (2010), ce qui permet de lancer un programme de reconstruction ambitieux, conduit par les autorités ougandaises en collaboration étroite avec l'UNESCO et financé notamment par le Japon, la Norvège, le Fonds d'urgence pour le patrimoine de l'UNESCO et le Fonds africain du patrimoine mondial. Achevé à l'été 2023, ce programme a permis au bien de retrouver l'état de conservation souhaité. Le 12 septembre 2023, réuni à Riyad, le Comité du patrimoine mondial a décidé de retirer le site de la Liste du patrimoine mondial en péril — saluant la reconstruction du Muzibu Azaala Mpanga, la restauration du Bujjabukala (maison du gardien), la mise en place d'un système anti-incendie perfectionné et la formation de pompiers volontaires issus de la communauté locale. Le Katikkiro (Premier ministre) du Buganda s'était déplacé à Riyad pour assister à la session.
Siège officiel du royaume du Buganda et de son assemblée. Le Lukiiko y siège dans la Lukiiko Hall. C'est de là que le royaume est administré par le Katikkiro (Premier ministre) et son cabinet. Le Bulange figure parmi les biens restitués au souverain traditionnel par le Traditional Rulers (Restitution of Assets and Properties) Statute de 1993, avec le Lubiri (palais royal de Mengo) et le Butikkiro (résidence du Katikkiro).
Lieu traditionnel du couronnement des kabakas. Selon la tradition orale rapportée par plusieurs sources, c'est à Naggalabi que Kato Kintu, vainqueur du prince Bemba, dormit dans la maison de son ennemi ; depuis, tous les kabakas y sont couronnés. Le 31 juillet 1993, Ronald Muwenda Mutebi II y a été couronné 36ᵉ kabaka du Buganda, au terme de rituels traditionnels séculaires.
Site funéraire du kabaka Suuna II. Le royaume du Buganda indique qu'il s'agit du seul tombeau où un kabaka aurait été inhumé avec ses regalia et cinquante-huit de ses épouses. Le royaume recense par ailleurs d'autres sites royaux, notamment Bamunanika, Nabulagala et Masaja ; les gardiens des tombes sont les Abataka (chefs de clan) et les Ba-Kasujja.
IV Rites
Permanent — fondement social du royaume — Tout Muganda appartient à un clan, transmis en ligne paternelle du père à l'enfant. Chaque clan possède un totem — animal ou symbole naturel — qui porte son identité : Nte (bovin), Nswaswa (varan), Ffumbe, etc. Les chefs de clan sont les Abataka. Une exception structurante fonde l'unité du royaume : le kabaka, seul, n'appartient pas au clan royal mais au clan de sa mère — les autres membres de la famille royale rejoignant les Abalangira (clan royal). Chaque kabaka rattache ainsi la couronne à un clan différent, ce qui lie l'ensemble des clans au trône. Les chefs de clan sont représentés au Lukiiko.
Institution permanente ; existence statutaire depuis l'Accord de 1900 — Le royaume présente le Lukiiko comme « le Parlement du royaume du Buganda », corps à la fois législatif et consultatif appuyant l'autorité du kabaka, qu'il qualifie d'assemblée « culturelle et nationale » et non partisane. Il siège à la Lukiiko Hall du Bulange, à Mengo. Il réunit des représentants des 18 comtés (amasaza), les chefs de clan, les ministres du cabinet conduits par le Katikkiro, des autorités culturelles et religieuses, ainsi que des représentants de la jeunesse, des femmes et d'intérêts particuliers ; ses membres sont désignés par un mélange de nomination et d'élection. Le Lukiiko (alors conseil des chefs) avait reçu une reconnaissance statutaire par l'Accord du Buganda de 1900.
Rituels permanents, fréquemment célébrés à Kasubi — Le mode d'inhumation traditionnel des kabakas voulait que le corps du roi défunt soit enseveli en un lieu et que sa mâchoire — réputée contenir son âme — soit conservée dans un sanctuaire distinct, en un autre lieu. Kasubi rompt avec cet usage : le site réunit, fait inhabituel, les tombes de quatre kabakas. À l'intérieur du Muzibu-Azaala-Mpanga, les tombes sont abritées dans une « forêt sacrée » (Kibira), dérobée aux regards du public par un rideau d'écorce battue (bark cloth) ; les chambres funéraires sont séparées par des cloisons de ce même tissu d'écorce. Le site demeure le lieu religieux le plus actif du royaume, où les rituels sont fréquemment accomplis et où le kabaka et ses représentants célèbrent des rites importants de la culture du Buganda. Des « maisons des épouses » abritent les veuves des kabakas défunts, qui entretiennent les sépultures ; la Nalinya est la gardienne spirituelle, la Lubuga coordonne les cultures, le Katikkiro assiste sur le plan administratif.
Continu — intensifié lors de la reconstruction (2010-2023) — L'architecture des tombes repose sur des techniques vivantes : toiture de chaume reposant sur des anneaux structurels de frondes de palmier, longs poteaux de bois enveloppés de tissu d'écorce, parois de roseaux tressés. L'UNESCO relevait dès 2010 que, malgré la perte du bâtiment principal dans l'incendie, l'artisanat traditionnel et les compétences requises demeuraient disponibles pour le recréer — et soulignait le besoin permanent de former de jeunes gens instruits à ces procédés. Lors du retrait du site de la Liste en péril, en 2023, le Comité du patrimoine mondial a félicité le Katikkiro pour le travail des communautés locales dans la transmission des savoir-faire traditionnels aux jeunes générations et pour les efforts d'inclusion de tous les habitants du royaume dans le processus de reconstruction.
V Expériences
Tombes royales de Kasubi (Amasiro g'e Kasubi), colline… · Toute l'année, ouvert aux visiteurs tous les… — La visite du bien UNESCO nº 1022 se fait obligatoirement accompagné : après paiement à l'entrée, un guide du royaume prend en charge le visiteur pour…
Lubiri (enceinte royale) de Mengo, Kampala — à 3-4 km… · Toute l'année ; visite guidée obligatoire… — L'enceinte royale de Mengo se visite avec un guide.
Bulange, Mengo, Kampala, et route Kabaka Anjagala («… · Toute l'année pour la visite guidée du… — Le siège du royaume se visite lui aussi, et le portail touristique officiel de Kampala indique que la tribune de la Lukiiko Hall permet d'assister…
Départ et arrivée au Lubiri, Mengo, Kampala ; parcours… · Chaque année, un dimanche d'avril autour du… — Chaque année, un dimanche d'avril proche du 13
Lieu de culte différent chaque année, désigné par le… · Chaque année le 31 juillet, date… — Le 31 juillet, le royaume célèbre l'intronisation de Muwenda Mutebi II, couronné 36ᵉ kabaka à Naggalabi, Buddo, le 31 juillet 1993.
VI La fête
Célébration nationale et religieuse du royaume, organisée par le royaume du Buganda sous l'autorité du Katikkiro. Les célébrations se tiennent chaque année dans un lieu de culte différent, ce qui traduit le rôle du kabaka comme souverain de tous ses sujets quelle que soit leur confession et permet la participation de fidèles de toutes obédiences. En 2026, la 33ᵉ édition a été annoncée par le Katikkiro Charles Peter Mayiga au Bulange, à Mengo, avec un comité d'organisation de huit membres ; elle doit se tenir à la Watoto Church.
VIII Ce que ce royaume a semé ailleurs
Ces liens sont sourcés et restent à valider par la curation avant mise en avant publique.