Les Saadiens (Banū Zaydān) émergent à partir de 1510 dans la vallée du Draa et le Souss, portés par leur ascendance chérifienne et par la mobilisation religieuse contre les présides portugais de la côte atlantique. Ils font d'abord de Taroudant leur base, s'emparent de Marrakech, qui devient leur capitale principale de 1525 à 1659, puis, sous Mohammed ash-Sheikh, prennent Fès et éliminent les Wattassides en 1554 : le Maroc est réunifié sous une dynastie chérifienne, une première. C'est aussi Mohammed ash-Sheikh qui encourage la production et l'exportation du sucre du Souss, appelé à devenir la principale exportation de la région et l'un des nerfs de la puissance saadienne. La dynastie ne descend ni des Almohades ni des Mérinides, dynasties amazighes antérieures ; elle s'éteint avec l'assassinat du dernier sultan, Ahmad al-Abbas, en 1659, et cède la place aux Alaouites.
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M0tty (CC BY-SA 3.0)
Dynastie saadienne
Les chérifs du Draa qui brisèrent le Portugal à l'Oued al-Makhazin et poussèrent le Maroc jusqu'au Niger
I Le récit
II Histoire
Le sultan déchu Mohammed al-Mutawakkil, réfugié en péninsule Ibérique, convainc le jeune roi Sébastien Ier de Portugal de débarquer au Maroc pour le rétablir. Le 4 août 1578, près de Ksar el-Kébir, l'armée du sultan saadien Abd al-Malik — cavalerie et infanterie marocaines, arquebusiers andalous, artilleurs et cavaliers venus de l'espace ottoman — écrase l'expédition portugaise. Trois rois y meurent le même jour, d'où le nom de la bataille : Sébastien Ier tombe au combat, al-Mutawakkil se noie dans l'Oued al-Makhazin en fuyant, et Abd al-Malik, déjà malade, meurt pendant la bataille. Les conséquences sont considérables : le Portugal, privé d'héritier, passe en 1580 sous la couronne de Philippe II d'Espagne pour soixante ans ; côté marocain, la victoire consolide les Saadiens et porte au trône le frère d'Abd al-Malik, Ahmed al-Mansour, dont les rançons de captifs portugais financeront le palais El Badi.
Sixième sultan saadien, Ahmed al-Mansour règne de 1578 à 1603 et porte la dynastie à son sommet. Son surnom al-Dhahabi — « Ed-Dehbi », le Doré — renvoie aux richesses accumulées sous son règne. Sa puissance repose sur deux piliers économiques : le sucre, raffiné dans le Souss et exporté vers l'Europe (les marchands italiens auraient échangé leurs colonnes de marbre contre son poids en sucre pour El Badi), et l'or transsaharien, dont il cherche à contrôler les routes. Il déploie aussi une diplomatie européenne active, notamment avec l'Angleterre d'Élisabeth Ire contre l'Espagne : son ambassadeur Abd el-Ouahed ben Messaoud est reçu à Londres en 1600. Sa mort en 1603 ouvre une longue guerre de succession entre ses fils, qui ruine l'édifice.
Pour prendre les routes de l'or et du sel à la source plutôt que d'en payer le passage, Ahmed al-Mansour lance en octobre 1590 une expédition transsaharienne de 3 000 à 4 000 combattants équipés d'arquebuses et de canons, commandée par Joudar Pacha. Le 13 mars 1591, à Tondibi, cette troupe défait l'armée bien plus nombreuse de l'askia Ishaq II : c'est la fin de l'Empire songhaï comme puissance, Tombouctou et Gao passant sous contrôle saadien, avec les mines de sel de Taghaza. L'or afflue vers Marrakech — d'où le surnom « le Doré » — mais l'occupation s'enlise face à une résistance songhaï durable, et le « pachalik » de Tombouctou s'émancipe de fait après la mort d'al-Mansour. (Une fiche « Empire Songhaï » traite cet État pour lui-même.)
Après la chute des Saadiens en 1659, le sultan alaouite Moulay Ismaïl entreprend d'effacer leur mémoire monumentale : il fait dépouiller le palais El Badi au profit de Meknès, mais se borne à faire murer les accès de la nécropole royale, sépulture sacrée. Le site sombre dans l'oubli et sa décoration se conserve intacte, à l'abri. En 1917, le Service des Beaux-Arts, Antiquités et Monuments historiques du Protectorat « redécouvre » l'ensemble, le restaure et l'ouvre au public pour la première fois. La version popularisée d'une découverte fortuite par un avion français survolant Marrakech circule largement dans la presse et les guides, mais les travaux d'histoire de l'art rattachent la réouverture au travail du Service des Beaux-Arts : divergence signalée plus bas.
III Monuments
Nécropole dynastique bâtie en deux temps : le mausolée oriental est élevé par Abdallah al-Ghalib entre 1557 et 1574 pour son père Mohammed ash-Sheikh, autour de la chambre de Lalla Mas'uda ; Ahmed al-Mansour l'agrandit puis fait construire un second mausolée pour lui-même, dont la « chambre des Douze Colonnes » (10 m de côté, 12 m de haut) aligne douze colonnes de marbre de Carrare autour de son tombeau, complétée par la chambre du Mihrab et la chambre des Trois Niches. Après la mort d'al-Mansour, le sultan alaouite Moulay Ismaïl (règne 1672-1727) en fait murer les accès — sans détruire les sépultures — et le site tombe dans l'oubli ; les inhumations s'y poursuivent toutefois et la chambre du Mihrab sert plus tard de mausolée à des Alaouites. À partir de 1917, le Service des Beaux-Arts, Antiquités et Monuments historiques du Protectorat entreprend restauration et ouverture au public. La décoration — zellij, stuc sculpté, plafonds de cèdre — est restée quasi intacte du fait de l'isolement du site. Aujourd'hui géré par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, il fait partie du périmètre de la médina de Marrakech inscrite à l'UNESCO en 1985, où l'organisation cite explicitement « les tombeaux saâdiens ».
« L'Incomparable ». Ahmed al-Mansour en lance le chantier en décembre 1578, quelques mois après la victoire de l'Oued al-Makhazin et son avènement ; les gros œuvres sont achevés au début des années 1580 et l'embellissement se poursuit jusqu'à sa mort en 1603. Le financement provient très probablement des rançons versées par le Portugal après 1578, complété par le sucre et par l'or soudanais après 1591 : les colonnes de marbre italien auraient été payées aux marchands génois et pisans à leur poids en sucre. La cour centrale mesurait 135 × 110 m autour d'un bassin de 90,4 × 21,7 m ; le pavillon occidental, la Koubba al-Khamsiniya (« pavillon des Cinquante »), servait de salle du trône. Le palais est ensuite dépouillé sur ordre du sultan alaouite Moulay Ismaïl, ses marbres et matériaux partant vers sa nouvelle capitale, Meknès ; les sources divergent sur la date (voir corrections_signalees). Il n'en reste que des murailles de pisé percées des trous laissés par l'arrachage des décors, le bassin et les vergers d'orangers. Le site abrite aujourd'hui le minbar almoravide de la Koutoubia (XIIe siècle) et accueille chaque année la scène principale du Festival national des arts populaires. Il est explicitement cité par l'UNESCO parmi les joyaux de la médina de Marrakech (inscrite en 1985).
Attention à l'attribution : une première medersa mérinide y fut fondée au XIVe siècle par le sultan Abou al-Hassan, mais il n'en reste rien. Le bâtiment visible aujourd'hui est une œuvre saadienne : le sultan Abdallah al-Ghalib le fait édifier sur le site de la medersa mérinide, chantier achevé en 1564-1565, comme l'indique le site officiel du monument. Autour d'un grand patio à bassin s'organisent salles de cours, salle de prière à mihrab et plus d'une centaine de cellules d'étudiants ; le décor associe zellij, stuc sculpté, cèdre et panneaux de marbre sculpté d'époque saadienne à l'entrée de la salle de prière. Prise en charge par l'État marocain en 2017 et restaurée sur Hautes Directives royales sous l'égide du ministère des Habous et des Affaires islamiques, la medersa a rouvert au public le 20 avril 2022. L'UNESCO la cite parmi les monuments de la médina de Marrakech inscrite en 1985.
Grande mosquée de quartier commandée par le sultan saadien Abdallah al-Ghalib et construite entre 1562-63 (970 H) et 1572-73 (980 H). Elle est le cœur d'un complexe pieux typiquement saadien : mosquée à cour, medersa de 28 chambres d'étudiants, école coranique (msid), hammam, maison des ablutions (mida'a) avec latrines, bibliothèque accolée à l'angle sud-est, et une fontaine publique monumentale à trois baies doublée d'un abreuvoir pour les bêtes. L'opération est indissociable d'un remodelage urbain : en 1557-58 le sultan avait fait transférer la population juive de Marrakech vers un nouveau mellah proche de la Kasbah, libérant le quartier où s'implante le complexe. Son minaret, très court (19,2 m) et d'une grande simplicité, est resté inachevé. La mosquée est toujours un lieu de culte en activité (accès réservé aux musulmans) ; la fontaine et les façades se voient depuis la rue.
Fort artillé fondé en 1582 par le sultan saadien Ahmed al-Mansour Eddahbi sur une colline rocheuse surplombant la médina, face à son jumeau le Borj Sud. Il appartient à une ceinture défensive de onze forts protégeant Fès, notamment contre la menace ottomane, et fut un temps appelé « Borj Annar » parce qu'il abritait la première unité d'artillerie de l'histoire du Maroc, le Jaych Annar (« armée du feu »), selon le directeur du musée cité par Médias24. Ces ouvrages, inspirés de la fortification portugaise, sont les premiers de Fès conçus pour l'âge de la poudre ; le savoir-faire européen y est vraisemblablement venu de captifs pris à la bataille des Trois Rois en 1578. Les bastions d'angle qui lui donnent aujourd'hui son allure étoilée sont probablement des ajouts alaouites postérieurs, le plan saadien d'origine étant plus compact. Sur environ 2 200 m², le fort abrite depuis 1963 un musée militaire des Forces armées royales spécialisé dans l'histoire des armes ; passé en 2004 sous la tutelle de la Commission marocaine de l'histoire militaire, restauré, il a rouvert au public en 2007. Sa collection compte 6 245 pièces, dont 775 exposées en permanence dans treize salles, l'essentiel provenant de la Makina de Fès (manufacture d'armes de Moulay Hassan Ier, fin du XIXe siècle) et une part notable de quarante pays.
IV Rites
À chaque avènement, XVIe-XVIIe siècles — Les Saadiens fondent leur légitimité sur la descendance du Prophète (chérifs) plutôt que sur une tribu conquérante : c'est ce titre chérifien, reconnu par les oulémas et les confréries du Souss et du Draa, qui leur permet de supplanter les Wattassides au nom du jihad contre les présides portugais. L'acte d'allégeance (bay'a) prêté par les notables, les oulémas et les chefs de tribus à chaque avènement scelle ce pacte ; Ahmed al-Mansour ira jusqu'à revendiquer le titre de calife après 1578.
Règne d'Ahmed al-Mansour, 1578-1603 — Al-Mansour fait des fêtes religieuses — le Mawlid, naissance du Prophète, et l'Aïd al-Fitr — de grandes cérémonies de cour qu'il finance somptueusement, entouré des poètes, musiciens et savants qu'il pensionne. Il introduit un protocole d'apparat qui lui vaut les critiques de certains oulémas : il reçoit souvent ses hôtes dissimulé derrière un voile. Ces réceptions se tiennent dans le palais El Badi, bâti dès son avènement en 1578 comme palais de réception, dont le pavillon occidental sert de salle du trône : une alcôve creusée dans le mur du fond marque encore la place où le sultan siégeait.
1557-1603, et jusqu'à l'époque alaouite — Les Saadiens installent leur nécropole non pas hors les murs mais au cœur de la kasbah, contre la mosquée de la Kasbah : Abdallah al-Ghalib y bâtit un mausolée pour son père autour de la tombe de Lalla Mas'uda, mère d'Ahmed al-Mansour, puis al-Mansour se fait édifier de son vivant la chambre des Douze Colonnes. Les tombes, taillées dans le marbre et couvertes d'épitaphes en vers, y sont orientées vers La Mecque et entourées de jardins. Le caractère sacré du lieu explique que Moulay Ismaïl se soit contenté de le murer au lieu de le détruire, et que des inhumations s'y soient poursuivies.
V Expériences
Tombeaux saadiens, Kasbah, Marrakech (31.61751… · Toute l'année, 9h-17h. Tarifs : 100 DH… — Visite de la nécropole saadienne : mausolée de Lalla Mas'uda, chambre du Mihrab et salle des Douze Colonnes où repose Ahmed al-Mansour.
Palais Badii, Kasbah, Marrakech (31.61833, -7.98583) · Toute l'année, 9h-17h. Tarifs : 100 DH… — Parcours de la grande cour du palais d'Ahmed al-Mansour
Médersa Ben Youssef, rue Assouel, médina de Marrakech… · Tous les jours 9h-19h. Tarifs : 50 DH plein… — Le patio à bassin, la salle de prière et les cellules d'étudiants du collège coranique achevé en 1564-1565 par le sultan saadien Abdallah al-Ghalib…
Palais El Badi, medersa Ben Youssef et place Jemaa… · 55e édition du 2 au 6 juillet 2026… — Chaque été, le Festival national des arts populaires investit le palais d'Ahmed al-Mansour : ahidous de l'Atlas, gnaoua, daqqa marrakchia, reggada…
Mosquée et fontaine Mouassine, quartier Mouassine… · Accessible depuis la rue toute l'année, sans… — Déambulation libre, depuis la rue, autour du complexe pieux d'Abdallah al-Ghalib (1562-63 à 1572-73) : façade et portail de la mosquée, minaret court…
VI La fête
Festival national de patrimoine immatériel, scène principale au palais El Badi (spectacle à 21h), avec la medersa Ben Youssef et la place Jemaa el-Fna
VIII Ce que ce royaume a semé ailleurs
Ces liens sont sourcés et restent à valider par la curation avant mise en avant publique.