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upyernoz (CC BY 2.0)

c. 1235 – XVIIᵉ siècle (apogée au XIVᵉ siècle)

Empire du Mali

Empire mandingue fondé par Soundiata Keïta, dont la Charte du Manden est inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO.

Langue Mandingue (malinké, bambara) ; arabe pour l'écrit
Capitale Niani (identification contestée) ; capitale débattue
Dynasties Keïta, fondée par Soundiata Keïta
Influence c. 1235 – XVIIᵉ s. ; apogée au XIVᵉ siècle

I Le récit

L'empire du Mali est un empire ouest-africain fondé au XIIIᵉ siècle par Soundiata Keïta, à la suite de sa victoire sur Soumaoro Kanté, souverain du Sosso. Selon l'UNESCO, la Charte du Manden est proclamée à Kouroukan Fouga, dans le haut bassin du Niger entre le Mali et la Guinée actuels, par le fondateur de l'Empire mandingue et l'assemblée de ses « hommes de tête » ; elle est inscrite en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. À son apogée au XIVᵉ siècle, la formation étatique s'étend « entre le Sahara et la forêt équatoriale, l'océan Atlantique et la boucle du Niger » (dossier malien de liste indicative UNESCO). Le règne de Mansa Moussa (c. 1312 – c. 1337) et son pèlerinage à La Mecque de 1324 diffusent la renommée du Mali dans le monde islamique puis en Europe, où l'Atlas catalan de 1375 le représente trônant. L'histoire de l'empire est connue par les sources arabes médiévales, par l'archéologie et par la tradition orale des griots (djeli), chacune posant ses propres problèmes de datation et d'interprétation.

II Histoire

Soundiata Keïta et la fondation de l'empire
Soundiata Keïta et la fondation de l'empire

L'empire du Mali est fondé au XIIIᵉ siècle par Soundiata Keïta à la suite de sa victoire sur Soumaoro Kanté, souverain du Sosso, à la bataille de Kirina. Le dossier malien de liste indicative UNESCO présente les sites du Manden comme « des vestiges de l'empire du Mali, fondé au XIIIᵉ siècle par Soundjata Keita ». Les traditions situent l'investiture de Soundiata et la proclamation de la charte à Kouroukan Fouga. Le clan Keïta de Kangaba se revendique aujourd'hui encore descendant de Soundiata et organise à ce titre la réfection septennale du Kamablon. Sur la nature du pouvoir fondé, Djibril Tamsir Niane écrit dans l'« Histoire générale de l'Afrique » de l'UNESCO que « Soundiata Keïta respecta les institutions traditionnelles des provinces qu'il conquit ; le caractère souple de son administration faisait que l'empire ressemblait davantage à une fédération de royaumes ou de provinces qu'à une organisation unitaire » : dans les provinces conquises, un gouverneur (farin) représentait le mansa aux côtés du chef traditionnel, tandis que les royaumes alliés de la première heure conservaient leurs titres. Les dates précises de la bataille de Kirina (généralement 1235) et de la proclamation (1235 ou 1236 selon les sources) reposent sur la tradition orale et sur des reconstitutions modernes, et non sur des sources écrites contemporaines des faits.

Mansa Moussa et le pèlerinage de 1324
Mansa Moussa et le pèlerinage de 1324

Mansa Moussa règne approximativement de 1312 à 1337 (la fin du règne est débattue entre 1332 et 1337, cette dernière date étant jugée plus probable). Son pèlerinage à La Mecque, entamé en 1324, le conduit au Caire où il arrive le 18 juillet 1324 ; il en revient en 1325, selon l'UNESCO qui rattache à ce retour la construction initiale de la mosquée de Djingareyber à Tombouctou. Le pèlerinage diffuse la renommée du Mali dans le monde islamique. PRUDENCE SUR LES CHIFFRES : les chroniqueurs arabes postérieurs donnent des estimations très divergentes sur la taille de la caravane (de 8 000 à 60 000 personnes selon les versions) et sur la quantité d'or transportée (ordres de grandeur de 8 à 12 tonnes) ; les historiens modernes traitent ces nombres comme rhétoriques plutôt que statistiques. Aucun chiffre ne peut être présenté comme établi.

La richesse de Mansa Moussa : ce que les historiens refusent de chiffrer

Mansa Moussa fut exceptionnellement riche, au point que ses contemporains le décrivaient comme d'une richesse inconcevable. Mais les classements modernes du type « homme le plus riche de tous les temps », très répandus sur le web depuis les années 2010, ne reposent sur aucune évaluation scientifique. L'historien Hadrien Collet, spécialiste du sultanat du Mali, soutient que la richesse de Moussa est impossible à calculer avec exactitude : il n'existe aucune comptabilité de ses actifs, et les descriptions contemporaines emploient des termes non quantifiables. Les chiffres circulant en dollars actuels (de 300 à 800 milliards selon les sites) sont des extrapolations journalistiques sans base documentaire. Cette fiche ne reprend donc aucun classement ni aucun montant.

L'Atlas catalan de 1375 et le regard européen
L'Atlas catalan de 1375 et le regard européen

L'Atlas catalan, attribué au cartographe majorquin Abraham Cresques et daté de 1375, conservé à la Bibliothèque nationale de France, représente sur sa feuille 6 un souverain africain trônant, couronné, tenant une pépite ou un globe d'or et un sceptre — identifié à Mansa Moussa. Cette image est aujourd'hui la représentation la plus reproduite de l'empereur. Il faut souligner qu'il s'agit d'une production EUROPÉENNE, postérieure d'environ quarante ans à la mort de Moussa, dont l'auteur n'a jamais vu le souverain : les attributs (couronne, sceptre, orbe) sont les emblèmes conventionnels des rois de l'Europe médiévale, et non des insignes mandingues. Il ne s'agit donc pas d'un portrait, mais d'un témoignage sur la renommée du Mali dans l'Europe du XIVᵉ siècle.

Le déclin et la fin de l'empire

L'empire se désagrège progressivement à partir du XVᵉ siècle, ses territoires du Niger moyen passant sous contrôle songhaï. Les récits disponibles font état d'une campagne du mansa Mama Maghan contre les Bamana en 1667, puis du sac de Niani par les Bamana de Ségou en 1670, marquant la fin de l'ensemble impérial au profit de chefferies indépendantes. RÉSERVE IMPORTANTE : cette chronologie tardive repose sur des sources de seconde main et n'a pas pu être adossée, dans le cadre de cette fiche, à une source académique de premier rang ; l'historiographie récente (Hadrien Collet) souligne que l'histoire tardive du Mali est mal documentée et procède d'une reconstitution « régressive ». La date de 1670 doit donc être considérée comme un repère usuel et non comme un fait solidement établi.

III Monuments

Mosquée de Djingareyber (Tombouctou)
Mosquée de Djingareyber (Tombouctou) Tombouctou, Mali

Grande mosquée de terre crue de Tombouctou. Selon la notice de valeur universelle exceptionnelle de l'UNESCO, « la mosquée de Djingareyber, dont la construction initiale remonte au sultan Kankan Moussa, revenu en 1325 du pèlerinage à la Mecque, a été reconstruite et agrandie entre 1570 et 1583 par l'Imam Al Aqib ». Le bien « Tombouctou », inscrit au patrimoine mondial en 1988, réunit trois mosquées (Djingareyber, Sankoré, Sidi Yahia) et seize mausolées de saints. À noter que l'UNESCO rattache l'âge d'or du bien à la fin de la dynastie des Askia (Songhaï), et non à la période mandingue : seule la construction initiale de Djingareyber est rapportée à Mansa Moussa.

Site historique de Kurukan Fuga
Site historique de Kurukan Fuga Cercle de Kangaba, aire culturelle du Manden, sud du Mali

Plaine latéritique où, selon la tradition mandingue, se tint l'assemblée qui investit Soundiata Keïta et proclama la Charte du Manden. Le dossier malien de liste indicative UNESCO indique que « le site de Kurukan Fuga a gardé sa forme de croûte latéritique indemne de tout établissement humain en raison de la protection coutumière, des mythes qui lui sont associés, et des événements historiques qui s'y sont déroulés après l'investiture de Soundjata Kéita ». Le site figure sur la Liste indicative du patrimoine mondial (composante du bien en série « Sites historiques et paysages culturels du Manden », soumis le 08/01/2018) : il n'est PAS inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.

Kamablon, case sacrée de Kangaba
Kamablon, case sacrée de Kangaba Kangaba, cercle de Kangaba, Mali

Édifice de plan circulaire en briques de terre crue recouvertes d'un crépi de banco, couvert d'un toit conique de chaume, construit en 1653 et mesurant 4 m de diamètre pour 5 m de hauteur, au cœur de la place publique (bara) de Kangaba. Il sert de vestibule ou « sénat villageois » où patriarches et clans débattent des affaires communes. Il est associé à un puits, à trois fromagers, à un terre-plein carré appelé « wasi » et à la tombe de Mansa Sèmè, fondateur et premier prêtre de la case sacrée. Sa réfection septennale est inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2009 ; le bâtiment lui-même figure sur la Liste indicative du patrimoine mondial.

Niani, site archéologique dit de la capitale Niani-sur-Sankarani, Haute-Guinée (Guinée)

Site fouillé par les missions polono-guinéennes de Władysław Filipowiak en 1965, 1968 et 1973, longtemps présenté comme la capitale médiévale du Mali. Le volume IV de l'« Histoire générale de l'Afrique » de l'UNESCO (1985), dont le chapitre 6 est rédigé par l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane, comporte une section intitulée « Niani, capitale du Mali » et reproduit les plans de fouilles de Filipowiak ainsi qu'une carte des sites dressée par Niane lui-même, qui y a recueilli des traditions en 1968. Cette identification est aujourd'hui contestée : selon l'historien Hadrien Collet (revue Afriques, 2013), les fouilles « n'ont pas réussi à prouver que le site de Niani était bien la capitale médiévale du XIVᵉ siècle », les datations au carbone 14 indiquant une occupation aux VIᵉ-XVIIᵉ siècles mais non au XIVᵉ, sans palais royal ni cimetière musulman à stèles, et les sources arabes ne mentionnant jamais le nom « Niani ». Divergence documentée sans arbitrage : voir « stats_detail ».

Villes anciennes de Djenné
Villes anciennes de Djenné Djenné, région de Mopti, Mali

Bien en série inscrit au patrimoine mondial en 1988, composé de quatre sites archéologiques (Djenné-Djeno, Hambarkétolo, Kaniana, Tonomba) et du tissu ancien de la ville actuelle, sur 48,5 ha. L'UNESCO souligne l'usage remarquable de la terre et le témoignage exceptionnel sur les civilisations pré-islamiques du delta intérieur du Niger, remontant au IIIᵉ siècle avant notre ère. Attention : la notice UNESCO ne rattache pas la valeur du bien à l'empire du Mali — elle cite l'influence de l'architecture du Maroc (1591) puis l'avènement de l'Empire toucouleur (1862). Djenné est ici un jalon de l'histoire urbaine du Niger moyen, dont l'inscription ne documente pas la période mandingue. Le bien est sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 2016.

IV Rites

La Charte du Manden, proclamée à Kouroukan Fouga

Proclamation au début du XIIIᵉ siècle ; transmission orale continue — Inscrite en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, sur dossier du Mali. L'UNESCO la décrit comme « l'une des plus anciennes constitutions au monde », existant seulement sous forme orale, proclamée par le fondateur de l'Empire mandingue et l'assemblée de ses « hommes de tête » à l'issue d'une grande victoire militaire. Elle « se compose d'un préambule et de sept chapitres prônant notamment la paix sociale dans la diversité, l'inviolabilité de la personne humaine, l'éducation, l'intégrité de la patrie, la sécurité alimentaire, l'abolition de l'esclavage par razzia, la liberté d'expression et d'entreprise ». La tradition se transmet oralement, de père en fils, au sein du clan des Malinkés, lors de cérémonies commémoratives annuelles au village de Kangaba. L'authenticité et la datation des versions ÉCRITES de la charte font l'objet d'un débat scientifique documenté dans « stats_detail ».

La réfection septennale du toit du Kamablon de Kangaba

Tous les sept ans (réfection documentée en 2012 par le dossier malien) — Cérémonie de cinq jours au cours de laquelle les Malinkés et les autres populations du Manden se réunissent pour poser une nouvelle toiture de chaume sur le Kamablon (« case de la parole ») de Kangaba. Selon l'UNESCO, les jeunes de 20 à 21 ans descendent l'ancienne toiture puis posent la nouvelle sous la surveillance des anciens, qui transmettent leurs connaissances sur la structure, son histoire et sa signification symbolique. La cérémonie est organisée par les membres du clan Keïta, descendants de Soundiata Keïta, et par les griots du patronyme Diabaté du village voisin de Kéla, détenteurs de l'histoire du Kamablon, qui « rendent hommage à Soundiata et livrent des récits de la tradition orale du Mandén ». L'événement permet d'évoquer l'histoire et la culture du Manden, de renforcer les liens sociaux, de régler les conflits et de prédire l'avenir pour les sept années suivantes. Inscrite en 2009 sur la Liste représentative.

L'espace culturel du Sosso-Bala

Instrument rattaché par la tradition au début du XIIIᵉ siècle ; jeu rituel actuel — Le Sosso-Bala est un balafon sacré d'environ 1,5 m, composé de vingt lames de bois taillées de longueurs différentes sous lesquelles sont fixées des calebasses. Selon l'UNESCO, la tradition veut que le roi Soumaoro Kanté ait possédé et joué l'instrument original au début du XIIIᵉ siècle ; le balafon accompagne la transmission de la poésie épique, en particulier l'épopée de Soundiata célébrant le fondateur de l'empire du Mali. Il représente « la liberté et la cohésion de la communauté mandingue dispersée sur un territoire ayant appartenu à l'empire du Mali ». Le chef patriarcal (balatigui) de la famille Dökala — les griots Kouyaté de Niagassola — en est le gardien et le seul autorisé à en jouer, lors d'occasions précises comme le Nouvel An musulman et les funérailles. ATTENTION : cet élément est inscrit au titre de la GUINÉE (proclamé chef-d'œuvre en 2001, inscrit sur la Liste représentative en 2008), et non du Mali ; il se rattache à l'histoire de la fondation de l'empire mais relève d'un dossier national guinéen.

La djeliya : tradition des griots (djeli)

Tradition héréditaire continue, rattachée à la fondation de l'empire — Le griot, désigné par le terme djeli en malinké, exerce une fonction de dépositaire de la parole et de l'histoire, transmise de génération en génération et de caractère héréditaire. L'épopée de Soundiata, qui relate la fondation de l'empire du Mali, constitue le récit central de ce répertoire. Les familles Kouyaté, Cissokho et Diabaté comptent parmi les lignages détenteurs les plus connus. Le village de Kéla, près de Kangaba, est un centre majeur de formation des djeli et le lieu où est conservée une version de référence de l'épopée. Les documents de l'UNESCO attestent le rôle des griots Diabaté de Kéla lors de la réfection septennale du Kamablon, et celui des griots Kouyaté de Niagassola comme gardiens du Sosso-Bala. Précision méthodologique : l'épopée de Soundiata n'est pas un simple document historique — elle est aussi une composition fondatrice de l'identité mandingue, ce qui impose la prudence dans son usage comme source factuelle.

VIII Ce que ce royaume a semé ailleurs

Mali Empire — Wikipédia (anglais) reference Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Mali_Empire
Empire Songhaï Gao et le Songhaï prennent la relève du Mali sur le fleuve Niger : la même route de l’or, une autre couronne. royaute Source : UNESCO — Tombouctou · Tombeau des Askia

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